La prise de médicaments pendant la grossesse devrait être évitée autant que possible. Toutefois dans certains cas, il se pourrait que l'absence de traitement présente un risque plus grand pour la mère et son enfant à naître que le traitement lui-même. On peut citer comme exemples les femmes qui souffrent d'asthme, de diabète, d'infections amibiennes, d'autres infections, d'hypertension ou de dépression majeure. Dans ces cas-là, ne pas prodiguer de traitement n'est pas une option si on prend en considération la sécurité de la mère et de son enfant à naître. En tant que société, nous avons tendance à prétendre que ces conditions médicales sont inexistantes et continuons à faire valoir qu'aucun médicament ne devrait être pris pendant la grossesse. Il en résulte que la femme enceinte et son médecin ou autre professionnel de la santé sont laissés à eux-mêmes pour faire face à ces situations.
Avant leur mise en marché, très peu de médicaments font l'objet d'étude sur leur utilisation pendant la grossesse. Les données sur leur potentiel tératogène sont recueillies lors de la surveillance post-commercialisation. Il a fallu près de quatre ans de mise en marché avant que l'on fasse le lien entre la thalidomide et ses effets tératogènes dévastateurs. L'identification de malformations dues au warfarin a pris plus de vingt ans. Également, il a fallu plusieurs années avant d'identifier les anomalies de l'appareil reproducteur résultant de la prise de DES (diéthylstilbestrol).
Les exemples ci-dessous représentent des situations où le médecin et sa patiente enceinte auront à considérer avec rigueur si le recours aux médicaments est dans le meilleur intérêt de la mère et de son enfant à naître. :
- Une femme atteinte d'arythmies contrôlées par médicament et qui devient enceinte
- Une femme atteinte d'épilepsie contrôlée par médicament et qui devient enceinte
- Une femme atteinte de diabète contrôlé par médicament et qui devient enceinte
- Une femme ayant été infectée par un parasite durant sa grossesse
- Une femme qui développe une méningite durant sa grossesse
- Une femme qui développe une pneumonie durant sa grossesse
Il existe plusieurs exemples de situations pour lesquelles la décision d'utiliser ou non des médicaments n'est pas si évidente. Lorsqu'un traitement est jugé nécessaire, il reste à déterminer quels sont les médicaments reconnus à ce jour pour être les plus sécuritaires et lequel choisir. Les professionnels de la santé et leurs patientes ont besoin d'avoir accès à toute l'information disponible afin de prendre la meilleure décision possible à la fois pour la mère et l'enfant à naître.
Aux États-Unis, la « Food and Drug Administration » a publié quatre lignes directrices pour traiter de la situation dans ce pays :
- « Evaluating the Risks of Drug Exposure in Human Pregnancies » (2005) – Cette ligne directrice guide l'évaluation de données sur les humains concernant les effets de l'exposition in utero sur le fœtus, c'est-à-dire comment établir la présence d'un lien causal entre le médicament et l'effet constaté.
- « Lactation Studies in Women » (2005) – Cette ébauche de ligne directrice propose un cadre pour la conception, le déroulement et l'analyse d'études cliniques sur l'allaitement.
- « Determining the Appropriate Dose of a Drug for Pregnant Women » (2004) – Cette ébauche de ligne directrice propose un cadre pour la conception, le déroulement et l'analyse d'études pharmacocinétiques et pharmacodynamiques chez la femme enceinte. Dans la presque totalité des cas, l'efficacité du médicament a déjà été établie dans la population adulte en général.
- « Pregnancy Exposure Registries » (2002) – Cette ligne directrice traite de l'établissement de registres de données de surveillance des conséquences de l'exposition aux médicaments chez la femme enceinte.
À propos de l'Alliance
L'Alliance canadienne pour une médication sécuritaire pendant la grossesse et l'allaitement (CaseMed-Grossesse) regroupe des professionnels de la santé, académiciens, patients, professionnels en réglementation et représentants de l'industrie. L'Alliance est composée des membres suivants :
- Anne M. Tomalin, Présidente, CanReg Inc., Hamilton, Ontario – Présidente
- Mercedes Benegbi, Association canadienne des victimes de la Thalidomide, Montréal, Québec
- Carole Boyer, Duchesnay Inc., Laval, Québec
- Donald Davis, M.D., Président, La société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC), Medicine Hat, Alberta
- Gideon Koren, M.D., Ph.D., Motherisk Program, Hospital for Sick Children, Toronto, Ontario
Le mandat de L'Alliance canadienne pour une médication sécuritaire et efficace pendant la grossesse et l'allaitement est de promouvoir les enjeux associés à la santé et sécurité maternelle et fœtale, et plus précisément à la sécurité des médicaments.
Les buts de l'Alliance sont :
- De faire reconnaître les femmes enceintes et leurs fœtus comme population de patients vulnérables.
- De positionner cette problématique sur l'agenda stratégique de Santé Canada, de la communauté médicale et de l'industrie pharmaceutique.
- De travailler à ce que les professionnels de la santé et leurs patients aient accès à de l'information à jour et fiable sur la sécurité et l'efficacité des médicaments utilisés pendant la grossesse et l'allaitement.
- De promouvoir le développement d'un registre canadien de données en ce qui a trait à la prise des médicaments utilisés par les femmes enceintes ou qui allaitent et d'un suivi à cet effet, afin de faire avancer la connaissance en regard des effets potentiels de l'utilisation de ces médicaments chez ces populations vulnérables.
Si vous désirez de plus amples informations sur l'Alliance, visitez notre site Internet à www.CaseMed-Grossesse.org.
